PAS DE JAMBES MAIS DES AILES … LE P4

Voler lorsque l’on n’a pas l’usage de ses jambes … c’est possible!

Depuis une quarantaine d’années, l’adaptation de commandes de vol en tout manuel a permis aux personnes ayant un handicap des membres inférieurs de pouvoir piloter avec les mêmes normes de sécurité qu’un avion normal.


Cela a commencé avec les avions de tourisme, le premier avion ainsi équipé et certifié, un Morane-Saulnier Rallye, l’ayant été en 1974 aux Mureaux, en France. Des initiatives similaires ont bien entendu été prises dans d’autres pays comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les USA. Suivirent ensuite des adaptations de commandes pour les ULM et les planeurs.

Il faudra attendre mai 2009 pour qu’un premier avion belge soit équipé à l’aéro-club d’Ursel et 2011 pour voir arriver le premier planeur équipé d’un malonnier à Maubray.

UN MALONNIER … QU’EST-CE?


Pour pouvoir piloter un aéronef, il faut pouvoir agir sur les différents axes. Si le tangage et le roulis se contrôlent grâce un manche à balais (le stick qui agit sur les ailerons et la gouverne de profondeur), l’axe de lacet nécessite d’agir sur la gouverne de direction traditionnellement commandée par une action des jambes sur les pédales du palonnier. Que faire alors si on n’a pas l’usage de ses jambes et que l’on n’a que deux mains?

Dans les avions, différents types de configurations existent vu l’existence également d’une manette des gaz. Pour les planeurs, la configuration est toujours la même (sauf sur quelques planeurs modifiés en Autriche ou le système est connecté au stick). Tout comme les embrayages et pédales de gaz ont été adaptées au volant dans les voitures, le malonnier, càd un palonnier manuel, remplace les commandes aux pieds et est fixé à gauche dans le cockpit. En complément, les mains étant alors mobilisées pour la direction, le levier d’action sur les aérofreins est cranté avec un système de cliquage afin de pouvoir le positionner dans le cran souhaité. Le principe est identique, seule la coordination des membres change en conjugaison du manche avec le malonnier. Ainsi pour virer à droite, il faut amener le malonnier en arrière tout en inclinant le stick à droite et inversement.

Ces adaptations sont le plus souvent « en kit amovibles », facilement démontables mais peuvent également être fixes. Comme tout en aviation ces modifications doivent être certifiées et le nombre de planeurs ainsi homologués ne sont pas légion. A ce jour, des adaptations fixes existent pour les différentes versions du Grob Twin Astir, du Schempp- Hirth Duo Discus (avant et arrière) et du SZD-54 Perkoz à prévoir à la construction lors de la commande. Le Schleicher ASK 21 peut être directement équipé lors de la construction mais dispose également d’un kit amovible « rétrofitable » homologué. En monoplaces le Discus, le LS 7 et le Jonker JS3 peuvent être équipés à la construction, le Centrair Pégase dispose d’un kit amovible. En motoplaneurs le SF25 et le Taurus de Pipistrel peuvent être équipés de malonnier lors de la construction.

ECOLE P4 DU ROYAL TOURNAI AIR CLUB (RTAC)

Jusque 2009, aucun aéronef n’était équipé en Belgique pour permettre le vol à des pilotes paraplégiques. Le 8 mai de cette année-là est créé au sein de la Fondation Roi Baudouin le Handflight Fund (www.handflight.be) qui se donne comme objectif de rendre accessible les différentes disciplines aéronautiques aux personnes ayant un handicap des membres inférieurs. Un premier projet initié en 2008 se concrétise à l’aéro-club d’Ursel avec l’adaptation du Piper PA 28 OO-VFR.


L’insigne de l’ Ecole P4. (Photo Jean-Marie Degolla)

En 2010, le CA du RTAC lance le « projet P4 » (pour Planeur Pour Pilotes Paraplégiques) et acquiert avec l’aide financière du Handflight Fund, de sponsors et de généreux donateurs un ASK-21 pouvant être équipé d’un « malonnier » en kit. L’investissement ne se limite pas seulement à la machine car le club adapte également son infrastructure afin d’accueillir ses hôtes à mobilité réduite. L’investissement financier est lourd, de l’ordre de 70.000€, et c’est un pari « osé ». Un premier stage de la nouvelle école « P4 » du club tournaisien a eu lieu en 2011 avec trois élèves un francophone et deux néerlandophones. En 2012, un de ceux-ci, Hans Claes, déjà pilote mais devenu paraplégique à la suite d’un accident, récupère sa licence. un second pilote, Nino Peeters, récupère en 2014 lui-aussi sa licence perdue avec l’usage de ses jambes. L’implication maximale de tous les membres du club est requise lors des journées de vol et on ne peut que féliciter le RTAC d’avoir mené à terme ce projet altruiste avec des membres qui sont toujours au taquet pour aider en piste leurs amis à mobilité déduite.

LE FUTUR DU P4.....

Afin d’explorer des voies de relance et mieux faire connaitre les possibilités qui existent, le CA de la FCFVV a créé une commission présidée par Jean-Marie Degolla (dont vous pouvez trouver le témoignage sur ce site).

En plus de la motivation personnelle qu’il faut garder, la méconnaissance générale du vol à voile et ses contraintes habituelles, d’autres raisons de cet apparent désintérêt sont à chercher dans l’ignorance de l’accessibilité de cette discipline aux pilotes handicapés des membres inférieurs et comme il se sait peu, qu’une bourse d’écolage pour ces élèves pilotes paraplégiques (et assimilés), de l’ordre de 1.100€ peut être délivrée, sus conditions par le Handflight Fund.

Se pose également la question de la disponibilité de planeurs équipés de malonnier, notamment monoplaces, et une plus grande variété de localisation.


C’est une longue croisade ou le financement reste le nerf de la guerre. Ce sont des questions difficiles à résoudre et il y a de nombreuses pistes à explorer.

En attendant de futurs développements, l’Ecole P4 reste la seule option possible pour apprendre à voler « ab initio ».


Nous profitons de cet article pour faire appel à nos lecteurs: si vous êtes handicapé des membres inférieurs et rêvez de voler ou connaissez des personnes ayant ce handicap voulant apprendre à voler, n’hésitez plus et contactez le RTAC (https://tournai-air-club.eu/pilote-paraplegique-2/).

Des vols « découverte » sont possibles pour vous inoculer le virus. On vous y attend car plusieurs stages sont prévus cette saison!

Vous pouvez également contacter Jean-Marie (jmdegolla@gmail.com) qui vous parlera avec passion du sentiment de liberté retrouvé en vol, ce qui ne manquera pas de vous convaincre.

Texte: Bob Verhegghen

Photos et remerciements: Jean-Marie Degolla, Guy Gildemyn, David Piron, Robert Verhegghen.

 

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